21 juillet 2026

Calculer le coût matière d'un plat : formule, exemple, tableau

Food cost d'un plat en 3 étapes : formule, trois exemples détaillés jusqu'au centime (blanquette, cocktail, pizza) et repères pour bar, pizzeria, restaurant.

Combien vous coûte vraiment le plat que vous êtes sur le point d'envoyer en salle ? Pas le prix que paie le client, mais l'addition réelle des ingrédients qui le composent. C'est à cette question que répond le coût matière (le food cost), et savoir le calculer fait toute la différence entre une carte qui vous fait gagner de l'argent et une qui vous fait travailler beaucoup pour peu.

La bonne nouvelle : le calcul est simple. Une formule, une balance et vos factures. Voyons-le avec trois exemples détaillés jusqu'au dernier centime et les repères qui vous disent si votre pourcentage est sain ou pas.

Qu'est-ce que le coût matière

Le coût matière (food cost) est le coût des matières premières nécessaires pour préparer un plat. On l'exprime en général en pourcentage du prix de vente, ce qui vous permet de comparer des plats entre eux et de voir lesquels vous laissent le plus de marge.

Attention à ne pas le confondre avec le prix du plat : le coût matière n'est pas ce à quoi vous le vendez, mais ce que coûtent les ingrédients dans cette portion. Un plat à 14 € avec 3 € d'ingrédients a un coût matière de 21%.

La formule

La formule de base est unique et ne change jamais :

Coût matière % = (coût des ingrédients ÷ prix de vente) × 100

Deux règles que presque personne ne respecte proprement :

  • Les deux nombres se prennent HT. Si vous mettez un prix TTC, le pourcentage sort trop bas. À la carte la TVA est incluse, sur les factures elle est à part : il faut la retirer avant tout calcul.
  • Le coût se calcule sur la portion réelle, pas sur l'emballage. Si vous achetez un kilo de fromage et que vous en utilisez 25 grammes, seul le coût de ces 25 grammes entre dans le food cost.

Il vous faut une seule chose : le prix au kilo (ou au litre, ou à la pièce) de chaque ingrédient, que vous trouvez sur les factures des fournisseurs. Si vous ne savez pas bien les lire et où est le prix unitaire, commencez par le guide comment lire une facture fournisseur.

Exemple 1 : blanquette de veau

Prenons un vrai plat et calculons-le jusqu'au bout. Une blanquette de veau que vous vendez 17,00 € (HT, TVA 10% sur place). Voici les ingrédients d'une portion, avec grammages et coûts tirés des factures :

Ingrédient Quantité €/kg ou €/u Coût portion
Épaule de veau 180 g 15,00 €/kg 2,70 €
Champignons de Paris 60 g 5,00 €/kg 0,30 €
Carottes, oignon 80 g 1,80 €/kg 0,15 €
Crème, beurre, farine q.b. — 0,55 €
Riz (accompagnement) 70 g 2,10 €/kg 0,15 €
Sel, poivre, bouquet q.b. — 0,10 €
Total 3,95 €

Appliquons maintenant la formule, pas à pas :

  1. Additionnez le coût des ingrédients : 2,70 + 0,30 + 0,15 + 0,55 + 0,15 + 0,10 = 3,95 €
  2. Divisez par le prix de vente : 3,95 ÷ 17,00 = 0,2324
  3. Multipliez par 100 : 0,2324 × 100 = 23,2%

Le coût matière de cette blanquette est de 23,2%. La marge sur les matières premières est donc de 13,05 € par assiette (17,00 − 3,95). Un chiffre net, qui vous dit exactement combien ce plat travaille pour vous.

Exemple 2 : Negroni au comptoir

Pas que les plats. Un Negroni servi au comptoir à 9,00 € (HT) a lui aussi son food cost, ou plutôt son beverage cost. Même formule :

Ingrédient Quantité €/l ou €/u Coût portion
Gin 30 ml 25,00 €/l 0,75 €
Vermouth rouge 30 ml 10,00 €/l 0,30 €
Bitter 30 ml 15,00 €/l 0,45 €
Tranche d'orange 1 ud. 0,10 €/u 0,10 €
Glaçons q.b. — 0,05 €
Total 1,65 €

Food cost = 1,65 ÷ 9,00 × 100 = 18,3%. La marge est de 7,35 € par cocktail. Chiffre sain : sur les boissons on vise un coût sous 25%, idéalement sous 20%. C'est l'une des raisons pour lesquelles un bar gagne plus sur les cocktails que sur le café.

Exemple 3 : pizza margherita

Une margherita vendue 7,00 € (HT), classique de quartier :

Ingrédient Quantité €/kg ou €/u Coût portion
Farine 250 g 1,20 €/kg 0,30 €
Levure, sel q.b. — 0,05 €
Tomate 90 g 2,80 €/kg 0,25 €
Mozzarella fior di latte 100 g 7,00 €/kg 0,70 €
Basilic, huile q.b. — 0,10 €
Total 1,40 €

Food cost = 1,40 ÷ 7,00 × 100 = 20%. Marge 5,60 € par pizza. Dans les pizzerias, une margherita sous 25% est normale et nécessaire : c'est le plat d'appel qui porte le reste de la carte.

Repères : quel pourcentage est « sain » dans votre segment

Il n'y a pas un seul chiffre valable pour tous. Les fourchettes typiques dans les établissements français sont :

  • Restaurant traditionnel : 28–35%. Entrées plutôt basses (20–28%), plats de viande et de poisson plus hauts (35–45%).
  • Pizzeria : 22–30%. La margherita en dessous, les spéciales à topping cher au-dessus.
  • Bar sur la nourriture : 25–35% pour sandwichs, tartines, formule du jour.
  • Bar sur les boissons : 10–20%. Café sous 15%, cocktails dans la fourchette.
  • Pâtisserie : 25–35% selon le format (pièces à la boutique vs gâteaux entiers).

Pour les chiffres par segment avec exemples, un guide dédié existe sur le food cost idéal en pourcentage.

Attention au revers : un food cost trop bas n'est pas toujours bon. Si vous vendez une margherita à 10%, soit vous utilisez des ingrédients médiocres, soit le prix est si élevé que le plat ne se vend pas. Le chiffre à regarder, c'est toujours la combinaison pourcentage × volume, pas le pourcentage seul.

Food cost théorique et food cost réel

Le calcul que vous venez de voir est le food cost théorique : celui « qui devrait être » d'après la fiche technique. En vrai, il existe aussi le food cost réel, mesuré ainsi :

Food cost réel % = (consommations de la période ÷ CA nourriture de la période) × 100

Consommations de la période = stock initial + achats − stock final. L'écart entre théorique et réel cache le trou : gaspillage en cuisine, portions hors contrôle, pertes fournisseur, rebuts et, oui, aussi le vol. Si l'écart dépasse 2–3 points de manière stable, c'est un problème de gestion que le prix à la carte ne corrigera pas.

Pourquoi c'est vraiment important

Beaucoup de restaurateurs regardent la caisse en fin de journée et pensent que c'est suffisant. Mais la caisse ne dit rien sur la marge réelle. Vous pouvez avoir un service complet et gagner peu, si les plats les plus commandés avaient un coût matière élevé.

Le food cost déplace l'attention là où ça compte : non pas « combien j'ai encaissé », mais « combien il m'est resté » sur chaque plat. C'est le seul moyen de fixer les prix de la carte avec méthode, de savoir quels plats vous font vraiment gagner et lesquels revoir, et de repérer à temps quand un fournisseur augmente ses prix et grignote votre marge sans vous prévenir.

L'erreur la plus courante : estimer à vue de nez

Estimer au jugé est l'erreur qui coûte le plus cher. « Ce plat, ça doit faire trois ou quatre euros d'ingrédients » : je l'ai entendu mille fois, et c'est presque toujours faux. Voici où l'on perd le vrai chiffre de vue :

  • Les ingrédients invisibles. Huile, sel, épices, garnitures, le filet d'huile à cru. Séparément quelques centimes, mais sur chaque plat ça s'additionne et déplace le pourcentage de 2–3 points.
  • Les coûts qui changent. Le veau que vous payiez 14 €/kg vous coûte aujourd'hui 17 (+21%). Si vous ne mettez pas le calcul à jour, vous croyez encore à la marge d'il y a six mois.
  • Les portions non maîtrisées. Vingt grammes de plus par assiette, multipliés par des centaines de couverts par mois, c'est de l'argent bien réel qui part.

Estimer à vue de nez, c'est bon pour se faire une idée en cinq secondes. Pour fixer les prix d'une carte, non. Six autres pièges sont listés dans les erreurs de food cost qui coûtent cher.

Comment le faire vite à partir des factures

Calculer un seul plat est facile. Le problème arrive quand vous avez quarante plats à la carte, chacun avec dix ingrédients, et que les prix des fournisseurs changent tous les mois. Tout faire à la main, feuille Excel après feuille Excel, c'est la partie fastidieuse que presque personne ne parvient à tenir à jour. Si vous partez de zéro, le modèle Excel gratuit pour le food cost est un bon point de départ : formules prêtes, exemple détaillé, téléchargement sans inscription.

La méthode rapide part de là où se trouvent déjà les vrais chiffres : les factures des fournisseurs. C'est là qu'est le prix réel de chaque ingrédient, à jour. Vous en tirez le coût au gramme et l'appliquez aux grammages de vos recettes. Fait une fois, le coût matière de chaque plat se met à jour tout seul dès qu'une nouvelle facture arrive. La même approche vous permet ensuite de passer au vrai menu engineering — popularité × marge — et de décider ce que vous poussez et ce que vous retirez.

Si après tout cela vous découvrez que le pourcentage est élevé, comment réduire le food cost sans toucher à la qualité est la suite logique.

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Questions fréquentes

Quelle est la formule du food cost ?
Food cost % = (coût des ingrédients ÷ prix de vente) × 100. Le prix de vente se prend toujours hors taxes. Si vous le prenez TTC, le pourcentage ressort plus bas que le réel et vous lisez une donnée fausse.
Quel est un bon food cost en pourcentage ?
Cela dépend du segment. Un restaurant traditionnel se situe généralement entre 28 et 35%, une pizzeria entre 22 et 30%, un bar sur la nourriture entre 25 et 35% et sur les boissons sous 20%. Ce sont des fourchettes indicatives : ce qui compte, c'est la combinaison entre pourcentage et volume. Les chiffres par segment sont dans le guide sur le food cost idéal en pourcentage.
Le food cost se calcule-t-il TTC ou HT ?
Hors taxes. Le coût des ingrédients comme le prix de vente se prennent HT. Les factures fournisseurs portent la TVA (5,5%, 10% ou 20% selon le produit) séparément, et le prix à la carte l'inclut ; les mélanger donne un pourcentage sous le réel et vous fait prendre des décisions de prix dans le mauvais sens.
Quelle différence entre food cost théorique et food cost réel ?
Le food cost théorique est celui calculé sur la fiche technique : 120 g de pâtes à X €/kg. Le food cost réel se mesure en inventaire : consommations de la période ÷ chiffre d'affaires nourriture. L'écart entre les deux cache le trou : gaspillage, portions mal calibrées, pertes fournisseur, rebuts et, oui, aussi le vol. Si l'écart dépasse 2–3 points de façon stable, c'est un problème de gestion que le prix à la carte ne corrigera pas.
À quelle fréquence faut-il mettre à jour le food cost ?
À chaque changement de prix significatif chez un fournisseur (mensuel pour le frais, trimestriel pour le reste). Dans la pratique, presque personne ne tient à jour un Excel de quarante plats : à six mois d'écart, la plupart des cartes tournent sur de vieux chiffres. Le raccourci pragmatique est de partir des factures reçues : quand vous mettez à jour le coût d'un ingrédient, tous les plats qui l'utilisent s'alignent tout seuls.